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De l’amibe à Daesh (Mette Ingvartsen, Seven Pleasures, centre Pompidou, 21 novembre 2015)

Ils sortent de nous pour former un corps sans queue ni tête, grouillant, nu comme un ver, animé cependant d’une sorte de détermination muette qui le fait cheminer, gravir et contourner insensiblement les obstacles. Un entassement de corps nus nous renvoie, hélas, immanquablement à des visions de charnier. Mais ici c’est une spirale vivante, comme dans les représentations picturales de l’Enfer, et l’horreur n’y a pas de place.

On pourrait lire les tableaux de cette pièce comme une histoire naïve de l’humanité. Non linéaire ni progressiste, mais changeante.

Au corps primitif indifférencié, sereinement instinctif, se substituent des corps distincts et debout, frémissant d’une autonomie toute neuve. J’ai vu la transe, ou l’alternance plutôt de cette frénésie typiquement primate, et d’une lenteur qui calme les sens et rappelle s’il le fallait que nu, l’homme n’est pas plus nu que n’importe quel autre animal.

Puis dans un grand tableau de pénombre, faiblement éclairé par deux suspensions oranges, le temps est venu d’interagir avec les objets, médiateurs du monde, et avec les autres. Dans cet utérus du fond des âges, évoquant une grotte fantasmée, se développent la différenciation, les relations sociales, la technologie, la magie, le rituel. Dès lors, les individus se recomposent en tribus. Le lien devient conflit, le corps étranger ennemi ou allié. Soumis, le voilà sadiquement manipulé, avec autant de cynisme que d’amour.

Et les plaisirs, dans tout cela ? On suppose, dans ce titre, un clin d’oeil aux sept péchés capitaux et aux sept vertus de l’Eglise catholique ; on espère un plaidoyer plus indulgent et plus libéral pour le corps. Mais ce n’est qu’une hypothèse, tant la pièce demeure hermétique, et les plaisirs fugaces.

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